Et si le vrai problème de l’Afrique n’était pas le talent mais le fait que quelqu’un d’autre contrôle toujours l’écran ? Au SINAC, à Douala, la conférence inaugurale n’a pas fait dans les discours diplomatiques. Ici, on a parlé cash : l’Afrique crée, produit, raconte mais l’Afrique ne contrôle toujours pas les tuyaux qui diffusent ses histoires. Et ça, c’est dangereux.

Stop à la figuration
Après une cérémonie d’ouverture chargée en émotions, le ton change rapidement. L’ambiance devient plus sérieuse, presque tendue. Le sujet du jour frappe fort : la souveraineté des médias africains. En clair : est-ce qu’on peut vraiment être puissant médiatiquement quand nos contenus dépendent encore des plateformes occidentales ?
Pour le Dr Eveline, la réponse est simple : non. La souveraineté, ce n’est pas un mot compliqué de conférence. C’est avoir le pouvoir de produire ses contenus, les diffuser, les protéger et surtout en vivre. Parce qu’aujourd’hui, le constat pique un peu l’ego : le monde consomme très peu les récits africains. On regarde les autres raconter leurs vies pendant que nos propres histoires peinent à traverser les frontières.

Le jour où la CRTV a disparu des écrans
Le moment qui a vraiment secoué la salle est le rappel du bannissement des programmes de la CRTV sur certaines plateformes occidentales pendant la période COVID. Silence dans la salle. Le message derrière cette histoire était brutal : sur Facebook, YouTube et compagnie, nous sommes chez quelqu’un d’autre. Et quand le propriétaire décide de couper le courant tout s’éteint. Pour plusieurs intervenants, cette dépendance numérique doit cesser. Il faut former une nouvelle génération de journalistes et de créateurs capables de changer le récit africain, au lieu de simplement subir celui des autres.

Routes ou serveurs : l’Afrique doit choisir
Le PDG de Gabon Télé a lancé l’une des phrases les plus fortes de la conférence : en Afrique, on hésite encore entre construire des routes ou investir dans des infrastructures numériques. Pourtant, la route du futur est digitale. Aujourd’hui, un serveur peut avoir autant de valeur qu’une autoroute. Parce qu’un pays qui ne contrôle pas ses plateformes ne contrôle pas son image.
Même impatience du côté de Cyril Bojiko, patron de Balafon Media. Pour lui, assez de débats : il faut maintenant agir. Son combat est simple, faire tomber les barrières qui empêchent les médias africains de circuler librement entre pays africains. Parce qu’il est quand même absurde qu’une chaîne européenne soit parfois plus facile à capter chez nous qu’une chaîne africaine voisine.

54 pays mais chacun joue en solo
Autre vérité lancée sans détour : l’Afrique a la force d’un géant mais avance encore comme un enfant désorganisé. 54 pays, des millions de créateurs, des industries culturelles en pleine explosion mais très peu de coopération réelle. Sans lois solides, sans collaboration entre États et sans protection des médias africains, la fameuse “souveraineté” restera juste un joli mot dans les conférences.
L’œil du Labo : Le vrai combat c’est le contrôle
Au Labo de Jami, cette conférence nous rappelle une chose essentielle : le talent seul ne suffit plus. On peut avoir les meilleurs films, les meilleurs journalistes, les meilleurs artistes… si on ne contrôle pas les plateformes, les infrastructures et les outils de diffusion, on restera dépendants.
Demander à un créateur africain de conquérir le monde sans médias africains puissants, c’est comme envoyer un boxeur sur le ring sans gants. Le SINAC a lancé un avertissement clair : l’Afrique doit arrêter de seulement fournir le contenu. Elle doit également posséder les écrans.