À la Maison du Parti de Bonanjo, le SINAC 4 marque un tournant. Entre structuration professionnelle, présence internationale et discours engagés, l’événement s’impose comme un carrefour stratégique pour l’audiovisuel africain.

Ce 25 avril, à Douala, il se passe plus qu’un simple lancement d’événement. À Bonanjo, l’atmosphère est dense, habitée, presque vibrante. Dans les allées comme dans la salle, une même sensation circule : celle d’un secteur en pleine affirmation, prêt à prendre sa place et à imposer sa voix. Moi, j’ai posé mes valises là, au cœur du dispositif. Et je vais être directe : le SINAC a changé de dimension.

Un essor organisationnel assumé
Fini l’image d’un événement encore en rodage. Cette année, à Bonanjo, tout est plus structuré, plus lisible, plus professionnel. On ne joue plus dans la même cour. En arpentant les allées, une chose saute aux yeux : le SINAC s’organise comme une véritable plateforme industrielle.

D’un côté, le « Made in Cameroon » explose de vitalité. Cosmétiques, stylistes, créateurs de bijoux, agroalimentaire, etc. L’artisanat ne se contente plus d’exister en marge, il revendique sa place dans l’écosystème audiovisuel. Parce que raconter une histoire, ce n’est pas seulement filmer : c’est aussi montrer, incarner, valoriser un mode de vie. De l’autre côté, le pôle audiovisuel impose le respect. CRTV, Balafon Media, Jambo Radio, Canal 2 International, Sun TV et bien d’autres participent à cette démonstration de force.

Clin d’œil particulier à la Côte d’Ivoire, affectueusement appelée « la belle-famille ». L’année dernière, elle avait promis une présence renforcée. Promesse tenue avec NCI : la présence ivoirienne s’impose, connecte et dynamise les échanges. Le salon prend ainsi une nouvelle envergure avec la participation de plusieurs pays : Guinée, France, Congo, Sénégal, Gabon et Afrique du Sud.

Une immersion sensorielle et culturelle
Dès l’entrée, le ton est donné. Ici, pas d’ouverture froide ni de discours mécaniques. Le salon parle d’abord aux tripes. Les tambours résonnent, les drapeaux dansent avec le vent de l’estuaire du Wouri, et une voix s’élève : celle du griot Massamba GUEHI. À travers sa fable de l’hyène, il rappelle une vérité essentielle : une nation qui perd ses récits perd son chemin. Dans la salle, les regards se figent. Le SINAC devient alors un espace de reconnexion. Coup de cœur sur la prestation scénique de la légende Sam Fan Thomas qui a littéralement levé la salle. Imaginez les autorités et invités en train de danser sur du « No’haa » : c’était juste magnifique.

Des prises de parole incarnées et des distinctions symboliques
La journée a été longue, le temps parfois étiré, mais l’essentiel était ailleurs. Cette année, les interventions gagnent en authenticité. Moins formatées, plus urgentes. Les hommages aux disparus installent une émotion brute. Puis vient l’allocution de Yolande Bodiong. Stable, ancrée, elle porte cette quatrième édition avec constance. Son message est clair : il ne s’agit pas seulement de télévision, mais de souveraineté.

Dans cette dynamique, la traditionnelle remise des Prix d’Honneur du SINAC vient renforcer la portée symbolique de l’événement. Ces distinctions saluent celles et ceux qui, par leur engagement et leur créativité, contribuent à faire rayonner l’audiovisuel africain au-delà des frontières. Dans la même lancée, Sidney Kombo insiste sur un point clé : l’identité africaine constitue un levier stratégique de soft power.

Entre glamour et stratégie souveraine
La présence de figures emblématiques comme Akissi Delta, Kadhy Touré, Rey Reboul ou Franck Vlehi apporte une aura magnifique à Douala. Mais au-delà du tapis rouge, c’est la conférence inaugurale qui a donné le la de cette édition.

Le thème était crucial : « Souveraineté des médias africains entre autonomie ou coopération ». Les échanges ont été enrichissants. On a parlé de la dépendance aux plateformes occidentales, de la nécessité de posséder nos propres infrastructures et de briser les barrières pour que l’Afrique arrête d’être invisible en Europe. C’était intense, nécessaire, et cela annonce un salon palpitant. Le SINAC ne se contente plus d’exposer, il oriente.

Un mouvement en marche
À mesure que l’on parcourt les allées, une évidence s’impose : le SINAC dépasse le cadre d’un simple salon. C’est un espace où une industrie se structure, où une vision s’affirme, où une narration se réapproprie.
Alors oui, mon conseil reste le même : ne restez pas derrière vos écrans. Venez voir. Venez ressentir. Venez comprendre. Parce qu’ici à Bonanjo, il ne s’agit plus seulement d’un événement, il s’agit d’un mouvement. Le SINAC envoie un signal fort : l’Afrique ne veut plus être spectatrice de sa propre histoire. Elle veut en être l’auteure. Et cette fois-ci, elle tient fermement la caméra.