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Mbalmayo: au delà du cliché, l’éveil d’une ville-carrefour

Mbalmayo était ce point sur la carte que je pensais connaître sans y avoir mis les pieds. Je m’attendais à un petit village tranquille, un peu assoupi. Je me suis royalement trompée. Dès que j’ai posé mes valises, la ville m’a répondu par un mélange d’énergie brute et de fraîcheur inattendue. Ici, on ne fait pas que traverser : on se fait happer par le rythme du Nyong et par de multiples découvertes. Je vous emmène avec moi dans mes notes de terrain, loin des clichés, pour vous montrer cette ville-carrefour telle que je l’ai ressentie : vivante, complexe et prête à faire parler d’elle.

Cathédrale Notre Dame du Saint Rosaire de Mbalmayo.
Cathédrale Notre Dame du Saint Rosaire de Mbalmayo.

LA RUPTURE DU PREJUGE 

Le voyage commence du côté de Mvan, quartier populaire de la capitale. Les petites voitures et cars sont parfois si chargés qu’on s’y sent à l’étroit. Les oreilles sont bercées par les klaxons et le brouhaha des passagers qui se bousculent. Mais rien ne nous déconcentre : nous sommes focus, impatients de découvrir un nouvel endroit. Le chauffeur finit par démarrer. Plus on roule, plus on s’éloigne de la ville aux sept collines. L’air devient progressivement plus respirable. Ce qui saute immédiatement aux yeux, c’est l’état impeccable des routes. Contrairement à certains axes de l’Ouest, celles-ci sont en bon état. Le trajet devient presque agréable. Peu à peu, la ville se dessine. Et là, le choc! Je pensais arriver dans un village. Je me suis pris une claque. C’est le piège du classement urbain : dès qu’une ville s’éloigne du tumulte des grandes métropoles, on l’imagine figée, rurale, presque silencieuse. Pourtant, la réalité de Mbalmayo déjoue ces projections simplistes. Elle ne subit pas son développement ; elle le négocie. À la jonction entre mutation urbaine et héritage viscéral, Mbalmayo n’est pas un espace que l’on traverse. C’est un territoire qui s’impose.

mystérieuse rivière So’o à Assock dans le département du Nyong et So’o

 

SON EQUILIBRE EST SON IDENTITE 

Ce qui me fascine dans cette ville, c’est son atmosphère aux rythmes pluriels. Mbalmayo possède une respiration qui lui est propre. Le climat, ce mélange subtil de fraîcheur forestière et de chaleur tropicale  semble refléter sa dynamique sociale. Ici, la fluidité n’est pas de la lenteur. Les commerces bouillonnent. La circulation reste intelligible. La vie nocturne témoigne d’une vitalité sociale indéniable. Mais le génie de cette ville réside dans sa capacité de retrait. En quelques minutes, le tumulte marchand cède la place à des sanctuaires de calme, propices à la création et au ressourcement. Le rocher VIMLI, bordé par le Nyong, offre une vue panoramique sur la ville. Un endroit apaisant, presque suspendu. Le vent y souffle avec douceur, le silence y a une densité particulière. On s’y reconnecte. Mbalmayo n’impose pas une cadence unique. Elle propose une symphonie de rythmes.

vue panoramique de la ville de Mbalmayo du point de vue du rocher de VIMLI
vue panoramique de la ville de Mbalmayo du point de vue du rocher de VIMLI

LE LABORATOIRE DU VIVRE ENSEMBLE 

On réduit généralement Mbalmayo à son ancrage dans le Grand Centre (Bulu, Eton, Ewondo). Pourtant, l’observation de terrain révèle une micro-métropole. La présence marquée des communautés Bamiléké, Haoussa, Bamoun et bien d’autres transforme la ville en véritable laboratoire du brassage national et culturel. Ici, le vivre-ensemble n’est pas un concept de séminaire. C’est une pratique quotidienne.

la chefferie communauté musulmane de Mbalmayo, sis au quartier Haoussa de la ville

Églises et mosquées dessinent un paysage de coexistence visible au coin des rues. Mieux encore, les autorités religieuses agissent comme de véritables partenaires du développement social, que ce soit dans l’éducation ou la santé. Ce maillage communautaire constitue le véritable filet de sécurité de la ville.

Partie de basket entre Mr le Préfet du Nyong et So'o et les jeunes de la ville à SOS Village d'enfants.
Partie de basket entre Mr le Préfet du Nyong et So’o et les jeunes de la ville à SOS Village d’enfants.

UNE GOUVERNANCE ENTRE HERITAGE ET MODERNITE 

Mbalmayo réussit un pari délicat : faire cohabiter tradition et administration contemporaine. Les chefferies ne sont pas des vestiges. Elles demeurent des organes essentiels de régulation sociale. Face à elles, une administration jeune, accessible et proactive insuffle une dynamique de proximité. Les autorités se mêlent à la population. La gouvernance n’est pas distante ; elle circule. Imaginez un instant jouer une partie de basketball avec Mr le Préfet. Eh bien, ici, cela arrive au moins une fois par semaine. Cette proximité explique en partie pourquoi certaines figures administratives sont particulièrement appréciées. Sur le plan sécuritaire, la ville mise sur une police de proximité. Une police proactive plutôt que réactive. La sécurité devient une responsabilité collective, pas seulement institutionnelle.

devanture de l’Institut de Formation Artistique de Mbalmayo

LE PARADOXE STRUCTUREL: LE TALENT SANS L’ECOSYSTEME 

C’est ici que mon regard de journaliste culturelle s’arrête sur un contraste saisissant. Mbalmayo abrite l’IFA (Institut de Formation Artistique), une institution de référence qui polit les talents et forme l’élite créative de demain. La ville est, par essence, une pépinière de maîtres. Pourtant, une question demeure : comment une ville qui forge les créateurs peut-elle encore manquer d’espaces pour les célébrer ?

deux jeunes musiciens de rue

L’absence de salles de spectacle de haut standing, de cinémas structurés ou de galeries d’exposition permanentes crée une rupture entre la formation et la consommation culturelle. Le talent est là, certifié par l’IFA, mais l’écosystème de diffusion reste à bâtir. L’enjeu n’est plus de former Mbalmayo le fait déjà avec excellence mais de structurer une économie créative capable de retenir et de faire rayonner ses produits.

Mbalmayo n’est plus la “ville cruelle” des récits coloniaux. Elle n’est pas encore la métropole saturée de demain. Elle se situe dans cet entre-deux fertile, ce carrefour où tout reste possible. Son défi ne sera pas uniquement infrastructurel. Il sera narratif. Une ville ne rayonne que lorsqu’elle est racontée avec justesse. Documenter Mbalmayo, c’est déjà participer à la construction de son soft power régional. En quittant la ville, je n’ai pas seulement révisé un préjugé. J’ai compris qu’il existe encore des territoires qui n’attendent qu’une chose : qu’on les regarde autrement.

Ce premier regard n’est que le prologue d’une longue suite d’articles en immersion dans la ville de Mbalmayo. Dans les prochains mois, nous reviendrons pour plonger au cœur des ateliers de l’IFA, explorer les méandres du Nyong et donner la parole à ceux qui font battre le pouls de cette cité de grâces. Car raconter Mbalmayo, c’est avant tout parier sur l’avenir des villes secondaires du Cameroun.

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