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20 Mai à Mbalmayo : Quand la Fête de l’Unité devient une habitude

​Le 20 Mai 2026, Mbalmayo n’a pas simplement célébré la Fête de l’Unité. La ville a surtout confirmé quelque chose qu’elle pratique déjà au quotidien : la cohabitation naturelle des cultures, des communautés et des générations. Entre défilé populaire, organisation millimétrée et témoignages d’habitants venus d’horizons différents, une question s’impose : et si Mbalmayo était déjà une définition concrète du Cameroun ?

défilé civil avec une représentation du monument de la réunification
défilé civil avec une représentation du monument de la réunification

Il est 8h, au boulevard de la place des fêtes de Mbalmayo et les différents corps de l’armée sont déjà là. Les derniers réglages du défilé sont en cours, les élèves en tenue s’alignent progressivement, les autorités se préparent, les groupes s’organisent et la ville aussi. Et très vite, une sensation étrange me frappe : la nostalgie, et une vraie. La dernière fois que j’avais vu autant d’attroupement pour un défilé du 20 Mai remonte probablement à 2011 ou 2012. À cette époque où les fêtes nationales avaient encore cette capacité à faire sortir les familles entières, à bloquer les programmes de la journée et à transformer les boulevards en lieux de rassemblement populaire. À Mbalmayo, j’avais l’impression que toute la ville était sortie. Les cris, les applaudissements, les enfants perchés un peu partout, les parents qui expliquent le défilé aux plus petits, les anciens installés depuis tôt le matin, les motos arrêtées sur les côtés, les vendeurs ambulants qui circulent entre les groupes, il y avait du monde partout. Mais surtout, il y avait de la vie.

les populations de Mbalmayo
les populations de Mbalmayo

​Le détail qui change tout

Deux choses m’ont particulièrement marquée ce matin-là : l’organisation et l’engouement populaire. Et honnêtement, les plus impressionnés semblaient être les enfants. Des tout-petits de 3 ans jusqu’aux adolescents, chacun semblait vivre ce moment avec une excitation sincère. Pas cette excitation forcée qu’on affiche pour la caméra. Non! Je parle ici d’une vraie joie populaire.

l'arrivée de Mr le Préfet du Département du Nyong et So'o Gilles Christian Sadi
l’arrivée de Mr le Préfet du Département du Nyong et So’o Gilles Christian Sadi

​À 11h pile, le Préfet du Département du Nyong et So’o arrive et tout est à l’heure. Dans un pays où les grands événements publics flirtent souvent avec les retards interminables, cette précision surprend presque autant que le reste. S’en suivent l’exécution de l’hymne national, la remise des médailles,

remise des médailles d'honneurs
remise des médailles d’honneurs

puis le défilé militaire et civil.

quelques images du défilé militaire et civil du 20 Mai à Mbalmayo
quelques images du défilé militaire et civil du 20 Mai à Mbalmayo

Et c’est précisément pendant le défilé civil que Mbalmayo commence réellement à raconter quelque chose.

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population de Mbalmayo venu assisté au défilé du 20 Mai
population de Mbalmayo venu assisté au défilé du 20 Mai

Le Cameroun en version réelle

Durant le passage des différents carrés, une scène revient constamment : celle du mélange. Les associations défilent et les groupes communautaires aussi. Les ressortissants de différentes origines vivant à Mbalmayo prennent part à la célébration.

communauté du Nord-Ouest de Mbalmayo
communauté du Nord-Ouest de Mbalmayo

​On retrouve des Bassa, des Douala, des Haoussa, des anglophones du Nord Ouest, des communautés venues d’un peu partout. Et soudain, le thème du 20 Mai cesse d’être abstrait parce que Mbalmayo donne l’impression de pratiquer ce thème avant même de le célébrer. Comme je l’avais déjà observé, ici, l’unité semble être une habitude plus qu’une injonction. C’est presque l’ADN de la ville.

représentation des différentes communautés vivant à Mbalmayo
représentation des différentes communautés vivant à Mbalmayo

​Cette mixité de langues, de cultures, de religions, de couleurs, de manières de vivre ensemble sans transformer les différences en problème permanent. Et finalement, c’est peut-être exactement ça le Cameroun.

population de Mbalmayo avec sa mixité
population de Mbalmayo avec sa mixité

​« Ici, je me sens chez moi »

Dans la foule, les témoignages se ressemblent souvent sans se copier. Aïcha, Haoussa nigérienne installée à Mbalmayo depuis près de douze ans après son mariage, raconte son quotidien avec simplicité :

​“Depuis que je suis ici, je suis à l’aise. Je n’ai jamais vécu le tribalisme. Mes enfants se sont habitués à la culture et à la vie ici. Il n’y a pas de différence.”

Même discours chez Adjaratou Oumarou, originaire de l’Adamaoua mais née et élevée à Mbalmayo :

​“Ici, nous vivons en harmonie. Il y a plusieurs mélanges de tribus, les Beti, les musulmans, les Bamiléké et les autres. Il n’y a pas de tribalisme. Le Cameroun, c’est la paix et rien que la paix. Le 20 Mai représente cette paix. Je me sens chez moi.”

​Plus loin, Ndong Laurent, membre de l’association Old Stars Mbalmayo, voit dans cette célébration un rappel nécessaire dans un contexte social parfois tendu :

​“Avec tous les problèmes que nous traversons, cela permet de nous unifier et d’avoir une bonne cohésion nationale. À Old Stars, nous avons les Ewondo, les Bassa, les Douala, les musulmans et d’autres encore. Nous n’avons pas de préférence. Nous sommes une famille.”

​Et peut-être que toute la journée peut se résumer à ça. Cette idée simple mais devenue rare : vivre ensemble sans avoir besoin de constamment rappeler qu’il faut vivre ensemble.

​Au total, près de 896 drapeaux ont été installés à travers la ville. Mais au fond, les drapeaux n’étaient peut-être pas le plus important. Le plus important, c’était ce qu’ils représentaient réellement. Parce qu’au terme de cette journée, une question demeure : Est-ce que le 20 Mai révèle l’unité de Mbalmayo ? Ou est-ce qu’il confirme simplement ce que cette ville est déjà au quotidien ? À voir les foules, les mélanges, l’ambiance populaire et cette manière naturelle qu’ont les habitants d’occuper le même espace malgré leurs différences, la réponse semble déjà connue. À Mbalmayo, l’unité nationale ne ressemble pas à une performance annuelle. Elle ressemble à une habitude.

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