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Mbalmayo 2026 : La ville-carrefour du Nyong-et-So’o donne le ton de la 54ème Fête de l’Unité

À la veille de la 54ème édition de la Fête de l’Unité, Mbalmayo n’avait pas besoin du signal officiel pour vibrer. Les drapeaux, la retraite aux flambeaux, les sept cents convives attendus et les artistes qui répètent dans l’ombre d’un programme qui ne les cite pas encore, tout dit que cette ville-carrefour du Nyong et So’o pratique l’unité nationale bien avant de la célébrer.

place des fêtes de Mbalmayo
Boulevard de la place des fêtes de Mbalmayo

 La ville comme premier discours

Je dois vous faire un aveu. En arrivant à Mbalmayo ce 19 mai, je pensais voir ce qu’on voit souvent à la veille d’une fête nationale, c’est-à-dire une banderole officielle, quelques drapeaux plantés à gauche et à droite, deux ou trois bâtiments habillés pour l’occasion, le décor classique, celui qu’on connaît déjà avant même d’arriver. A ma grande surprise Mbalmayo m’a répondu avant même que j’aie eu le temps d’analyser quoi que ce soit. La ville m’a accueillie avec une marée de drapeaux. Pas quelques drapeaux, une marée. Tout le long de la route, aux coins des commerces, sur les devantures des boutiques, aux grilles des institutions, autour des poteaux électriques, partout où le regard tombait, le vert, le rouge et le jaune avaient déjà pris possession de la ville. Et ce qui m’a frappée, ce n’était pas seulement la décoration, c’était l’atmosphère. Chaque coin respirait patrie, fête nationale et appartenance. À ce moment-là, la devise Paix, Travail, Patrie a cessé d’être une phrase qu’on récite machinalement dans les cérémonies. Elle a pris un visage.

photo de la ville de Mbalmayo prise dans le car
photo de la ville de Mbalmayo prise dans le car

Je ne peux même pas expliquer exactement ce que j’ai ressenti. Vous savez cette sensation quand les Lions Indomptables jouent ? Cette chaleur étrange quand un Camerounais représente le pays dans une compétition et que, pendant quelques minutes, tout le monde oublie ses différences pour vibrer ensemble ? C’était exactement ça. Et je vais être honnête, cela faisait longtemps que je n’avais plus ressenti ça. La dernière fois, c’était probablement pendant la dernière Coupe d’Afrique des Nations. Mais ici, ce n’était pas le football, c’était le 20 Mai, cet engouement presque oublié autour de la fête nationale, cette fierté simple qu’on finit parfois par banaliser quand on vit dans les grandes villes. J’ai grandi à Yaoundé. Là-bas, l’effervescence du 20 Mai se concentre souvent autour de la Poste Centrale ou de l’Esplanade du Boulevard du 20 Mai. On voit les drapeaux, les installations, les répétitions, mais avec le temps, tout cela devient presque un décor habituel. À Mbalmayo, c’était différent. Il y avait quelque chose de presque mystique dans cette manière qu’avait la ville de porter ses couleurs. Mon cœur s’est rempli instantanément de chaleur, de patriotisme et de cette humilité étrange qui arrive quand on se sent appartenir à quelque chose de plus grand que soi.

Préfet Gilles Christian Sadi avec les Rigolards de Mbalmayo
Préfet Gilles Christian Sadi avec les Rigolards de Mbalmayo

Et il faut le dire, cette effervescence ne tombe pas du ciel. Beaucoup ici attribuent cette mobilisation à l’implication du Préfet du Département du Nyong et So’o, dont l’empreinte semble visible dans cette volonté de faire du 20 Mai un véritable moment collectif et pas seulement une cérémonie administrative. Dans une ville où le Beti côtoie le Bamiléké, où la mosquée du quartier Haoussa dialogue avec les clochers des cathédrales, où plusieurs Cameroun cohabitent dans la même rue sans que personne n’y trouve quelque chose d’extraordinaire, cette démonstration n’est pas anodine. Le drapeau ici ne représente pas une nation abstraite. Il représente ce que cette ville vit déjà au quotidien.

une élève qui aide une autre à allumer son flambeau
une élève qui aide une autre à allumer son flambeau

Une flamme dans les mains

Puis le soir est tombé, et avec lui, la retraite aux flambeaux. Les élèves ont défilé dans les rues de Mbalmayo, flambeaux en main, uniformes impeccables, chants repris en chœur avec cette sincérité que seuls les enfants savent encore porter sans calcul. Et là, je vais être honnête une deuxième fois, une larme est montée. Pas une larme dramatique, pas un moment de cinéma, juste cette émotion brutale qui arrive quand un souvenir collectif vous frappe sans prévenir.

la retraite aux flambeaux à Mbalmayo
la retraite aux flambeaux à Mbalmayo

En regardant ces jeunes marcher dans les rues, j’ai revu tout ce que beaucoup de Camerounais ont déjà été un jour. L’enfant qui tenait son flambeau trop fort, celui qui chantait faux mais chantait avec fierté, celui qui avait l’impression, pendant quelques heures, de faire partie d’une histoire plus grande que lui. La nostalgie que j’ai ressentie ce soir-là n’était pas personnelle, elle était nationale. Ces enfants portaient dans leurs mains quelque chose qu’on oublie parfois en grandissant, car la nation n’est pas seulement un mot dans un discours officiel. Parfois, c’est juste une petite flamme qu’on protège du vent pendant qu’on marche avec les autres. Et honnêtement, cela faisait longtemps que le 20 Mai ne m’avait plus fait cet effet-là. Mais le Labo de Jami ne s’arrête jamais à l’émotion. Il la traverse pour regarder ce qu’elle raconte vraiment.

programme de la 54e édition du 20 Mai de Mbalmayo
programme de la 54e édition du 20 Mai de Mbalmayo

Ce que le programme officiel ne dit pas

Le programme officiel de cette 54ème édition est entre mes mains. Il est précis, solennel, millimétré. Il prévoit l’installation des populations et groupes de danse dès sept heures quarante-cinq, l’arrivée des invités à huit heures vingt, puis l’arrivée du Préfet du Département du Nyong et So’o à onze heures pour l’hymne national, la revue des troupes, remise des décorations, le défilé militaire et civil, avant la fin de cérémonie. La culture n’y figure presque pas. Pas un artiste nommé, pas une ligne sur ceux qui feront pourtant vibrer la ville après les discours.

petit pays
L’artiste musicien Petit Pays

Et pourtant, quelque part ce soir à Mbalmayo, ça répétait déjà. Les Rigolards de Mbalmayo, ces enfants du terroir que j’avais déjà cités dans mon analyse sur l’économie créative locale comme symbole d’un talent enraciné mais trop peu visible, seront présents. Et à leurs côtés, Petit Pays fera le déplacement depuis Douala pour monter sur scène. Une même affiche pour deux réalités de la culture camerounaise, l’une connue nationalement, l’autre qui vit encore dans les angles morts des structures officielles.

décoration d'une partie du dôme de la réception chez Mr le Préfet du Nyong et So'o
décoration du chapiteau de réception chez Mr le Préfet du Nyong et So’o

Près de Sept cents personnes, une seule table

Mais ce qui se prépare à Mbalmayo dépasse les concerts et les cérémonies. Demain soir, la résidence du Préfet accueillera plus de sept cents personnes. Sept cents personnes autour d’un même moment, réunissant toutes les couches sociales et toutes les communautés qui composent la ville. Le Beti, le Bamiléké, le Haoussa, anglophone, Douala, et tous ceux qu’on oublie souvent de citer mais qui participent chaque jour à faire vivre cette ville-carrefour du Nyong et So’o s’y retrouveront. Et peut-être que la définition la plus concrète de l’unité nationale se trouve là. Elle ne réside pas dans les slogans ni dans les banderoles, mais dans une salle où des centaines de Camerounais d’origines différentes partageront la même table, les mêmes rires et probablement les mêmes chansons. Le thème de cette 54ème édition le rappelle d’ailleurs sans détour, énonçant que l’unité nationale est le pilier de notre défense et le socle du développement du Cameroun. Si l’on croit réellement à cette phrase, alors la culture n’est pas un simple décor de fête nationale, elle est la colonne vertébrale de cette unité. Parce que l’unité ne se défile pas seulement, elle se chante, elle se danse et elle se ressent. Parfois, elle commence simplement par une ville qui décide d’aimer le Cameroun un peu plus fort que les autres.

Demain, nous serons dans les rues de Mbalmayo pour poser la question que le programme officiel ne pose pas. Est-ce que le 20 Mai révèle ou confirme ce que Mbalmayo est déjà ? L’unité ici est une habitude, pas une injonction. La réponse commence demain matin à sept heures quarante-cinq.

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