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Me, Myself and You : Julia Samantha réussit-elle son pari ?

Le 14 février dernier, pendant que certains s’exhibaient en couple et que d’autres scrollaient en soupirant, Julia Samantha EDIMA, elle, lançait sa nouvelle web-série « Me, Myself and You » sur sa page Facebook. Le premier bébé de sa maison de production JS Universe, révèle Julia sous plusieurs casquettes : productrice, scénariste et actrice. Sur le papier, on achète sans hésiter : une web-série psycho-pédagogique qui met en lumière l’auto-sabotage et ces troubles intérieurs où ton meilleur allié c’est toi-même. Mais entre l’intention et l’écran, il y a un fossé que le talent seul ne suffit pas toujours à combler.

On débrief ?

affiche de la série Me, Myself and You
affiche de la série Me, Myself and You

Une web-série psycho-pédagogique

Réalisée par Idriss MANFA, la série propose des épisodes de 5 à 10 minutes, avec Julia en figure centrale. À l’heure où ces lignes sont écrites, trois épisodes sont disponibles. Chaque épisode explore une situation quotidienne transformée en terrain de bataille psychologique.

Le premier épisode s’articule autour d’une déception amoureuse. Après un dîner au chandelle raté par son amoureux sans appelles ni excuse,  l’absence devient presque un personnage à part entière. C’est à ce moment qu’apparaît le “soi intérieur”, matérialisation de la conscience du personnage.

Le deuxième épisode quant à lui aborde la procrastination. Cette fois, l’enjeu est concret : aider sa petite sœur pour ses devoirs de philosophie. Mais au lieu d’agir, elle fuit, reporte, contourne et le conflit devient moral.

Le troisième épisode lui, s’attaque à la dépendance aux likes. Une vidéo postée, une attente, puis l’obsession : rafraîchir, observer, comparer jusqu’à manipuler la validation numérique. La série ne cherche pas le spectaculaire. Elle installe un malaise progressif.

Malheureusement, le constat reste le même d’un épisode à l’autre : les batailles psychologiques manquent de tension. Le conflit intérieur est souvent trop lisse, presque trop glamour. On attend un séisme émotionnel, une faille plus visible. Mais tout reste maîtrisé, comme si la série hésitait à fissurer son propre vernis. On fini par survoler le malaise au lieu de l’explorer pleinement, ce qui laisse un léger goût d’inachevé.

photo tournage de web série " Me, Myself and You
photo tournage de web série  » Me, Myself and You

Analyse technique : Esthétique froide et défis sonores

Visuellement, le choix des couleurs froides est l’un des éléments les plus cohérents du projet. Les dominantes bleutées et grisées accentuent le coté dramatique de la série. La lumière, presque clinique, renforce la distance émotionnelle.

Concernant le cadrage, la caméra privilégie les plans serrés, créant une proximité intime avec le personnage. Les plans plus larges accompagnent généralement l’apparition du double intérieur, ce qui structure visuellement cette dualité. Ce parti pris fonctionne, même si l’on aurait souhaité davantage de ruptures pour marquer les moments de bascule psychologique.

Côté son, l’ensemble est correct, mais quelques irrégularités perturbent l’immersion. À certains moments, le volume semble fluctuer, comme si le micro perdait en intensité avec une impression de post-synchronisation qui donne un effet “studio” un peu déconnecté de l’espace réel. Rien de dramatique, mais suffisamment perceptible pour sortir le spectateur de l’émotion.

image tournage Me, Myself and You
image tournage Me, Myself and You

Le jeu d’acteur de Julia Samantha : Entre intention et incarnation

C’est ici que se situe le principal défi. Samantha incarne le “moi”, le “moi intérieur” et le “moi intérieur” qui s’adresse directement au public. Trois entités distinctes, mais dont l’énergie reste très proche à l’écran.  La nuance aurait gagné à être plus marquée. Un jeu plus contrasté aurait permis de distinguer clairement les différentes facettes et d’approfondir l’attachement du spectateur. La fin de chaque épisode tente une rupture du quatrième mur : le “moi intérieur” fixe la caméra pour livrer un message. Sur le principe, on adore l’idée. Elle est audacieuse et pertinente. Mais dans l’exécution, l’intention est parfois plus perceptible que l’émotion. Le texte semble récité plutôt qu’incarné. Techniquement, quelques soucis de raccord de regard viennent accentuer cette impression. Lorsqu’on choisit de s’adresser au public, le lien doit être maintenu avec précision. La moindre rupture visuelle peut casser l’engagement. Il serait donc judicieux d’osciller entre le plan rapproché de face et le plan rapproché de profil avec le regard fixe dans la caméra pour éviter une déconnexion du public.

 

Il y a une vraie force dans la proposition de Samantha Edima. Elle ose mettre en images des fragilités que beaucoup préfèrent taire. L’ambition est là. L’idée est pertinente. Mais pour que JS Universe passe du statut de projet prometteur à œuvre marquante, il faudra oser davantage de contrastes dans le jeu, dans la tension dramatique et dans la radicalité émotionnelle. La base est solide, le potentiel est réel. Mais pour que JS Universe passe du statut de « sympa » à « incontournable », il va falloir muscler le jeu.

LE LABO CONSEIL DE JAM

Samantha, ma belle, si tu creuses encore plus le malaise en diminuant le côté glamour, si tu marques vraiment la différence entre tes personnages et si tu assumes ton piquant, tu tiens un truc de dingue. Prends le risque de « noircir » véritablement ces problèmes mentaux et tu transformeras cette esquisse en une véritable mine d’or.

MA NOTE : 2,5 / 5 (Parce qu’on croit au potentiel, mais qu’on ne rigole pas avec la technique !)

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