Ce week-end 31 Juillet et 1er Août 2026, les capitales économique et politique du Cameroun ont vibré au rythme du 7e art avec la projection du long métrage TIFFA de Carlos TAKAM. Porté par un casting prestigieux et une campagne de communication ambitieuse le film avait de quoi susciter la curiosité. Mais entre une organisation décevante et une œuvre qui peine à convaincre malgré ses qualités techniques, cette avant-première laisse un sentiment mitigé.

Je suis arrivée au Majesty de Douala avec cette excitation que seuls les films que l’on attend vraiment savent provoquer. Une belle affiche, des acteurs parmi les plus talentueux du cinéma camerounais, tout semblait réuni pour passer une grande soirée. Je ne savais pas encore que la première épreuve ne serait pas le film, mais l’attente. Et qu’au moment où les lumières se rallumeraient, ce ne serait pas la projection qui occuperait mes pensées, mais toutes les promesses qu’elle n’aurait pas tenues.

Une soirée qui commence déjà sur une fausse note
Vendredi soir, direction la salle Majesty à Bessengue. Mon billet annonçait un début à 18 heures mais connaissant les habitudes de certaines avant-premières, j’arrive volontairement à 19 heures, pensant éviter les longues séances de photocall. Et à ma grande surprise rien n’avait commencé. Quelques invités dispersés, une salle d’attente encore calme, un photocall plongé dans la pénombre et éclairé d’un seul côté. Je me suis même demandé comment les photographes allaient réussir leurs images. À défaut d’être pratique, le résultat avait presque une esthétique artistique. Il était d’ailleurs assez révélateur de voir certains invités tenter d’improviser un éclairage avec leurs téléphones pour obtenir des images exploitables. Il faudra attendre plusieurs heures avant que le photocall ne soit enfin correctement éclairé. Les heures s’écoulent rapidement: 20 heures, 21 heures, 22 heures et la projection ne débute finalement qu’à 22 h 40, près de quatre heures de retard. Au-delà de l’inconfort, cette attente traduit un véritable manque de considération pour le public et les professionnels présents. J’ai plusieurs fois envisagé de repartir mais je suis finalement restée, parce qu’un critique ne juge pas une œuvre sans l’avoir vue jusqu’au bout. Malheureusement, cette longue attente n’a pas été récompensée.

Un film techniquement convaincant
Il serait malhonnête de dire que TIFFA n’a aucune qualité. Le film raconte l’histoire d’une jeune diplômée en Master, qui décide contre la volonté de ses parents, de poursuivre une carrière dans l’univers de la beauté. Une décision qui ravive les blessures de son père, ancien artiste confronté à ses propres regrets. Visuellement, le travail est soigné. La photographie est élégante, les cadrages sont maîtrisés et l’étalonnage aux dominantes bleutées installe une ambiance dramatique qui fonctionne plutôt bien.
Le travail sonore est également de très bonne facture. Rien d’étonnant lorsque l’on connaît le parcours de Carlos Takam, ingénieur du son de formation. Les ambiances sont propres, les dialogues restent intelligibles et la bande-son accompagne efficacement les émotions.
Le casting, lui aussi, tient ses promesses. Axel Abessolo livre une interprétation juste et nuancée dans le rôle de Bengono. Patrick Oyono confirme une nouvelle fois sa maîtrise du jeu, tandis que Carole Happi apporte toute l’expérience qu’on lui connaît. Quant à Leaticia Viany Djuidja, qui interprète la jeune Tiffa, elle offre une prestation encourageante pour un premier grand rôle. Tout n’est pas encore parfaitement maîtrisé, mais sa sincérité et ses expressions donnent envie de suivre son évolution.

Là où tout s’effondre
C’est pourtant ici que commence la véritable déception. Le principal problème de TIFFA n’est ni le son, ni l’image et encore moins ses acteurs mais son écriture. Le scénario semble hésiter en permanence entre plusieurs histoires. Le récit navigue constamment entre l’histoire de Tiffa, celle de son père Bengono, du manager Mballa ou encore de son amie Mbida, sans jamais parvenir à hiérarchiser ces différents fils narratifs. L’intrigue principale perd progressivement de sa force au profit de nombreuses intrigues secondaires qui détournent constamment l’attention, au lieu d’enrichir le récit, elles finissent par le ralentir.
Certaines scènes s’étirent inutilement sans apporter d’informations nouvelles ni faire évoluer les personnages. Le rythme devient irrégulier et l’on attend sans cesse que le film revienne enfin à son sujet principal. Et à cela s’ajoute une narration parfois confuse. Les transitions entre le passé, le présent et certaines séquences ne sont pratiquement jamais annoncées. Aucun choix de mise en scène ne permet réellement au spectateur de comprendre qu’il change d’époque ou de niveau de réalité. Résultat : l’on se retrouve avec plusieurs passages qui créent davantage de confusion que d’émotion.
La réalisation accentue malheureusement cette impression avec les ralentis, les effets dramatiques on s’aurait cru dans une série Indou. Certaines décisions de montage finissent par casser le rythme au lieu de renforcer la tension narrative. Et lorsque vient le dénouement, le sentiment d’inachevé domine. La conclusion arrive brutalement, sans véritable résolution des enjeux installés pendant près de deux heures.
Le maquillage d’effets spéciaux constitue également l’une des faiblesses du film. Certaines blessures et effets de sang manquent de réalisme, ce qui nuit à la crédibilité de plusieurs scènes pourtant censées être marquantes.

Une affiche qui vend plus qu’elle ne montre
Une autre question m’a laissée perplexe. Pourquoi construire toute une communication autour de certains acteurs si leur présence à l’écran reste finalement anecdotique ? Le cas d’Eshu Rigobert Tamoua est particulièrement révélateur. Présenté comme l’un des visages majeurs du film, son personnage apparaît très peu et n’occupe jamais la place que la promotion semblait lui promettre. On attend une véritable confrontation ; elle ne vient presque jamais. Ce décalage entre la campagne promotionnelle et le contenu du film laisse un goût d’inachevé.
Verdict
Ce qui me frustre avec TIFFA, ce n’est pas son manque de moyens mais tout le potentiel que l’on aperçoit sans jamais le voir pleinement s’exprimer. Les images sont belles, le son est maîtrisé, les acteurs font leur travail, mais un bon film ne repose pas uniquement sur sa technique. Sans un scénario solide et une narration capable de guider le spectateur, toute cette qualité finit par se diluer. Avec une narration plus resserrée et une durée mieux maîtrisée, TIFFA aurait probablement gagné en efficacité et maintenu le spectateur en haleine jusqu’au générique de fin. Pendant près de quatre heures, j’ai attendu que la projection commence et pendant près de deux heures, j’ai attendu que le film commence vraiment.
Ma note :
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Film : 2/5
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Organisation de l’avant-première : 1/5