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Biennale africaine de Bamako 2026 : l’entretien exclusif avec Armelle Dakouo

Du 26 novembre 2026 au 26 janvier 2027, les Rencontres de Bamako (Biennale africaine de la photographie), ouvriront leur 15ᵉ édition sous le thème « REFABULATION(s) ». Plus qu’un rendez-vous artistique, la Biennale entend replacer les photographes africains et leur diaspora au cœur de leurs propres récits. Entre réappropriation des imaginaires, ouverture au grand public et ambition internationale retrouvée, sa commissaire d’exposition, Armelle Dakouo, dévoile les lignes de force d’une édition qui veut faire de la photographie un outil de pensée autant qu’un espace de création.

Armelle Dakouo, commissaire générale de la 15e édition des Rencontres de Bamako, Biennale africaine de la photographie 2026
Armelle Dakouo, première femme francophone africaine à assurer le commissariat général des Rencontres de Bamako.

C’est dans cette perspective que s’inscrivent les Rencontres de Bamako. Plus qu’un simple rendez-vous artistique, la Biennale africaine de la photographie défend une autre vision de l’image : celle d’un médium capable de produire des récits, d’interroger les imaginaires et d’accompagner les mutations de nos sociétés. À Bamako, la photographie ne cherche plus seulement à montrer le monde ; elle revendique le droit de le raconter autrement. Alors que la surconsommation d’images instantanées sature notre quotidien, la capitale malienne fait le pari du temps long : celui de la réflexion, de la transmission intergénérationnelle et du débat d’idées. Dans un contexte régional pourtant complexe, la Biennale maintient le cap et s’impose comme l’un des rendez-vous majeurs de la création contemporaine africaine. Dans cet entretien, sa secrétaire générale, Armelle Dakouo, dévoile les ambitions d’une édition qui entend faire de l’image bien plus qu’un objet esthétique : un outil de pensée, de dialogue et de réappropriation des récits.

Affiche officielle de la 15e édition des Rencontres de Bamako 2026, Biennale africaine de la photographie, thème Refabulation(s)
15e édition des Rencontres de Bamako – Biennale africaine de la photographie. Bamako, 26 novembre 2026 – 26 janvier 2027. Thème : REFABULATION(S). © Rencontres de Bamako

Reprendre le pouvoir sur les récits

Une photographie n’est jamais seulement une image. Elle est une manière de raconter le monde, de choisir ce qui mérite d’être montré, ce qui doit être questionné et ce qui mérite d’être transmis. C’est précisément cette conviction qui traverse la 15ᵉ édition des Rencontres de Bamako. Le thème « REFABULATION(s) » ne relève pas d’un simple exercice de style. Il répond, selon Armelle Dakouo, à un contexte mondial où les crises se multiplient et où les récits dominants peinent à rendre compte de la complexité du réel.

« Nous vivons une situation mondiale compliquée. Il est particulièrement intéressant d’amener les artistes à nous faire repenser les récits dominants et à nous faire imaginer d’autres voies possibles. Par la puissance de leur narration, ils nous orientent vers des alternatives et d’autres futurs envisageables. »: 

Déclare Armelle Dakouo

Loin de concerner uniquement le Mali, cette réflexion embrasse les réalités du continent et du reste du monde. La photographie devient alors un espace où l’imaginaire nourrit la résistance. Non pas en niant les crises, mais en ouvrant d’autres perspectives.

Faire renaître une institution sans renier son héritage

Trente ans après sa création, la Biennale de Bamako demeure une référence de la photographie africaine. Pourtant, sa secrétaire générale reconnaît que cette nouvelle édition devra relever plusieurs défis. Le premier est celui du rayonnement international.

« Le premier challenge est de repositionner la Biennale à l’international et de lui redonner cette visibilité qu’elle a toujours eue. »

Pour autant, Armelle Dakouo refuse le discours du déclin. Son passage récent à la Biennale de Venise lui a confirmé que les Rencontres de Bamako continuent d’occuper une place singulière dans l’écosystème mondial de la photographie. Pour elle: 

« Toutes les personnes à qui j’ai parlé étaient extrêmement enthousiastes. L’image de la Biennale est intacte ; elle reste exceptionnelle et appréciée de tous dans le milieu. »

Autrement dit, la réputation existe toujours. L’enjeu consiste désormais à transformer ce capital symbolique en une nouvelle dynamique.

Affiche officielle de la 15e édition des Rencontres de Bamako 2026, Biennale africaine de la photographie, thème Refabulation(s)
15e édition des Rencontres de Bamako – Biennale africaine de la photographie. Bamako, 26 novembre 2026 – 26 janvier 2027. Thème : REFABULATION(S). © Rencontres de Bamako

Une Biennale qui descend dans la rue

L’autre ambition est peut-être la plus politique. Pendant longtemps, les grands rendez-vous artistiques africains ont parfois été perçus comme des événements réservés aux spécialistes ou aux visiteurs internationaux. Cette 15ᵉ édition entend renverser cette logique.

« L’ambition est d’en faire une Biennale pour tous les Maliens et toutes les Maliennes. »

Cette volonté passe par une programmation plus ouverte, des collaborations avec d’autres disciplines artistiques et une présence dans des lieux inhabituels.

« Il s’agit d’ouvrir l’événement à la transdisciplinarité, d’engager la conversation avec d’autres pratiques artistiques et de s’installer dans des lieux inattendus. Il s’agit d’aller à la rencontre du public, pour que ce ne soit pas toujours à eux de venir, mais à nous d’aller vers eux. »

À Bamako, la photographie ne restera donc pas accrochée aux murs des galeries. Elle investira la ville, ses espaces de vie et son quotidien.

Œuvre de photographie contemporaine africaine de Marc POSSO (Gabon) exposée aux Rencontres de Bamako, Biennale africaine de la photographie

Une photographie qui dépasse le cadre

Cette édition reflète également l’évolution profonde de la photographie contemporaine africaine. Pour Armelle Dakouo, les projets retenus devront certes être cohérents avec le thème, mais aussi témoigner des nouvelles formes prises par la création.

« La première réponse réside dans la cohérence de leur propos et dans la manière dont ils se sont approprié la notion de « Refabulation ». »

Aujourd’hui, explique-t-elle, la photographie ne se limite plus au tirage encadré.

« Elle est devenue diverse et polymorphe, s’exprimant à travers des installations, des impressions textiles ou des formes sculpturales. C’est précisément cette pluralité des pratiques contemporaines que je souhaite mettre en valeur. »

L’image dialogue désormais avec les matières, les volumes et les espaces. Une évolution que la Biennale souhaite pleinement accompagner.

 Œuvre de photographie contemporaine africaine de Amine OULMAKKI (Maroc) exposée aux Rencontres de Bamako, Biennale africaine de la photographie
Œuvre de photographie contemporaine africaine de Amine OULMAKKI (Maroc) exposée aux Rencontres de Bamako, Biennale africaine de la photographie

Créer des opportunités, pas seulement des expositions

La Biennale ne se résumera pas à deux mois d’expositions. Une semaine professionnelle réunira commissaires, directeurs d’institutions, galeristes et experts internationaux afin de favoriser les rencontres entre créateurs et acteurs du marché de l’art.

« Notre ambition est d’inviter un large panel d’experts du milieu pour permettre aux photographes de les rencontrer, d’échanger et de créer des opportunités d’exposition à l’international. »

Parallèlement, le reste de la programmation s’adressera avant tout au public malien.

« Des événements réguliers rythmeront ces deux mois pour faire vibrer la Biennale au quotidien. »

Cette double approche traduit une ambition claire : faire de Bamako un lieu où se croisent reconnaissance internationale et appropriation locale.

À travers cette 15ᵉ édition, les Rencontres de Bamako rappellent qu’une photographie peut être bien plus qu’une œuvre. Elle peut devenir un outil de transmission, un espace de dialogue, une manière de résister aux récits imposés et de construire de nouveaux imaginaires. À l’heure où les images circulent sans toujours être interrogées, la Biennale fait un pari à contre-courant : redonner du temps au regard et replacer les artistes africains au centre de leur propre histoire. C’est sans doute là que réside sa plus grande force.

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