Entre ambition urbaine, esthétique léchée et quelques fausses notes, Le Flow s’impose comme une proposition qui ose dans le paysage camerounais. Mais entre la salle et l’écran, il y avait clairement deux films et pas sûr que ce soit celui qu’on avait prévu de voir en premier.

Une soirée entre « flow » et flottement
Ce samedi 30 Avril, le Silver Sreen Cinéma déroulait le tapis rouge pour l’Avant Première du long Métrage le Flow d’Achille TEKOUMO. Une soirée durant laquelle nous sommes passés par toutes les émotions. Ce qui devait débuter à 19h prend racine aux environs de 21h. Une master class de patience, une introspection gratuite et l’occasion de comprendre que même l’actrice principale, Aza Andrea, a décidé de vivre cette avant-première en mode slow motion. On va dire qu’on s’adapte. On est au Cameroun, après tout. Mais s’adapter ne veut pas dire tout accepter. Parce que si le retard était presque prévisible, l’animation, elle, était franchement évitable. Spoilers lâchés comme des punchlines mal écrites, noms d’acteurs oubliés en direct, visages confondus avec une assurance déconcertante, on était à deux doigts d’assister à un sketch. Sauf que personne n’avait payé pour ça. Et le final ? Aucun passage du casting, aucune mise en lumière de l’équipe technique. Rien. Comme si le film s’était fait tout seul.
Silver Screen, on va se parler simplement : une avant-première, ce n’est pas un open mic. Trouvez quelqu’un qui maîtrise son sujet, respecte les œuvres et sait tenir une salle. Parce que là, c’était pas le flow, c’était le flottement. Heureusement, le film, lui, avait quelque chose à dire.

Le Flow : un rêve qui tape contre les murs du réel
Réalisé par Achille Tekoumo et co-réalisé par Jacques Bayam, Le Flow s’inscrit dans cette tradition des films musicaux qui sentent bon les films américains des années 2000, cette époque où danse et musique étaient des langages de survie. Mais ici, on est chez nous. Akila, jeune passionnée de danse et de rap, tente de se frayer un chemin entre précarité et pression familiale. Parce que dans notre réalité, vouloir faire de l’art un métier, c’est encore souvent être regardé comme un projet raté avant même d’avoir commencé. Et c’est là que le film touche juste. Il parle d’une jeunesse qu’on comprend. D’un combat qu’on connaît. D’un rêve qu’on a déjà vu se faire étouffer.

Ce qui fonctionne et même très bien
Visuellement, Le Flow ne négocie pas. Couleurs chaudes, esthétique urbaine, direction artistique assumée, le film a une identité. Et ça, c’est déjà une victoire. Chaque plan respire le street, chaque scène musicale porte une énergie réelle. On n’est pas dans une imitation paresseuse, on est dans une appropriation. La bande sonore accompagne parfaitement cette dynamique. Rien à dire. Et puis, il y a Aza Andrea. Je vais être honnête : je ne l’attendais pas là. Mais dans le rôle d’Akila, elle s’impose. Elle ne joue pas la rappeuse, elle devient rappeuse. Et ça change tout. Avec ce film, elle ne teste pas le rap game féminin. Elle y entre. Carole Happi, quant à elle, reste fidèle à sa réputation. Justesse, naturel, maîtrise, elle joue une mère crédible, sans caricature, sans excès. Elle tient son rôle avec une facilité presque insolente. Bebi Moundé apporte la charge émotionnelle du film. Sa performance est sincère, touchante, et surtout marquante. Mention également à Wilson FOKOUM FOTIE qui interprète le père d’Akila, belle surprise. Pour une première, il livre une performance propre, avec une vraie présence à l’écran. Les chorégraphies ? Bien pensées, bien exécutées. Les scènes musicales sont clairement le cœur du film et elles battent bien.

Ce qui coince et qu’il ne faut pas ignorer
Parce que non, le style ne suffit pas toujours à porter le fond. Le scénario laisse un goût d’inachevé. On sent des intentions mais pas toujours leur aboutissement. La phase dépressive d’Akila, par exemple, est trop rapide. Trop légère. Là où le film pouvait nous plonger, nous heurter, nous déranger, il choisit de passer vite. Et ça, c’est une occasion manquée. L’arc du jeune danseur interprète par Philippe BILLE on en parle ? Bon, on va être honnête : il est dispensable. Il n’apporte ni tension, ni évolution, ni réel impact narratif. La relation entre Akila et lui manque de clarté. Le film hésite et nous laisse hésiter avec lui. Sauf que l’ambiguïté, ça se construit. Là, ça flotte. Et cette fin visuellement, elle fonctionne. Mais émotionnellement, elle manque de déclencheur. On assiste à la performance, oui. Mais sans vraiment comprendre ce qui a provoqué ce basculement.

Côté technique, quelques détails viennent perturber l’immersion : un éclairage parfois mal géré avec trop d’ombres, et des micros perceptibles sur les vêtements des acteurs à certains moments. Ce ne sont pas des catastrophes. Mais ce sont ces détails qui font passer un film de bon à excellent.
En définif, Le Flow est un film imparfait, mais nécessaire. Il ose, propose et change de ce qu’on voit habituellement. Et rien que pour ça, il mérite d’exister et d’être vu. Il y a encore des choses à affiner notamment dans l’écriture mais la direction est claire : une nouvelle énergie est en train de s’installer. Et ça, c’est important. Parce que dans une industrie où beaucoup jouent la sécurité, ceux qui prennent des risques méritent au moins qu’on les regarde sérieusement.
Note du Labo : 3,5 / 5
Ça bouge. Ça vit. Ça propose autre chose. Maintenant, il faut que le fond suive la forme.